culture la providence aura soin de vous ! > en 1825, la congregation des peres des sacres coeurs, dits les «picpuciens», recoit un mandat d aller porter la foi catholique en oceanie. de nombreuses missions ont deja eu lieu, notamment a tahiti, mais sans succes. la lms deferle sur les iles du pacifique sud et prend ses positions le pere honore laval, alors age de 26 ans, avec trois autres peres picpuciens, liausu, caret et murphy, partent de bordeaux le 22 janvier 1834 a destination de l archipel des gambier a bord du sylphide, puis du peruviana depuis leur escale a valparaiso, au chili. ils n ont pas un sou en poche. «la providence aura soin de vous !» (1), leur dit-on. demunis, expatries a l autre bout du monde, vers l inconnu, les missionnaires tiennent veritablement leur force de leur foi, sincere et fervente. lorsque les quatre peres debarquent le 7 aout 1834 a akamaru, ils rencontrent un peuple «docile», qui, semble-t-il, ne peina pas a accepter leur message. les missionnaires en furent les premiers surpris ! la premiere messe fut celebree le 15 aout 1834, soit huit jours seulement apres l arrivee des missionnaires. deux ans plus tard, le 25 aout 1836, maputeao, roi des gambier, est baptise et devient le roi gregorio. l archipel des gambier voit ainsi naitre les premieres eglises catholiques en pierre de polynesie francaise, et plus exactement avec l edifice de saint raphael d aukena, beni le 24 octobre 1840. une pretresse de mangareva disait au peuple qu il viendrait bientot des navires etrangers et que le regne du grand dieu allait bientot s etablir dans les iles gambier. de tous les «envoyes de dieu» aux gambier, un marqua profondement les esprits de tous. le pere honore laval. son oeuvre, miraculeuse pour l epoque, est encore visible aujourd hui dans l archipel. laval ordonna la construction de dizaines d eglises, dont une cathedrale, un couvent et un college. entre 1840 et 1870, ce sont des centaines d edifices religieux qui sont batis a bras d hommes, avec quelques outils rudimentaires. l objectif est de donner un toit a dieu et une education religieuse a quelques milliers d ames. laval, autoritaire, zele, mais profondement croyant, parvient avec ses compatriotes a convertir la totalite des habitants des gambier en moins de sept ans. une telle evangelisation, rapide, fulgurante meme, a suscite bien des interrogations ethiques. comment les missionnaires ont-ils procede ? pourquoi les mangareviens abandonnerent-ils si facilement leurs anciennes croyances ? outre les deux livres du pere laval, d autres temoignages d epoque nous apportent quelques elements de reponse. l ouvrage de jean-paul delbos, par exemple, «la mission du bout du monde», nous replonge dans le cahier de gilbert soulie, «frere batisseur», qui ecrivit au jour le jour sa vie a mangareva pendant pres de 30 ans. nous avons la un recit authentique, precieux et touchant, qui nous permet de cerner un peu mieux la mentalite et la maniere de faire des missionnaires. d abord, il y a cette prophetie, etrange, relatee par frere gilbert. «nous parlons de la fameuse prophetie qui a beaucoup frappe les esprits des mangareviens : avant l arrivee des europeens, une pretresse de mangareva appelee toapere disait au peuple qu il viendrait bientot des navires etrangers, que le regne du grand dieu allait bientot s etablir dans les iles gambier, que les dieux de mangareva n etaient que de petits dieux. ( ) quand nous 26 r e v u e d e b o r d n ° 5 4 / a i r ta h i t i / o n - b o a r d m a g a z i n e n ° 5 4 3 3