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religion et vie quotidienne ©r. plichard > ils ont plus precisement releve l existence d une sorte de «chemin d etoiles», compose d une « succession d etoiles guides », sur lequel ces navigateurs se basaient. en recoupant les resultats de ces recherches scientifiques et les temoignages ancestraux transmis dans la tradition orale, certaines de ces «etoiles guides» se font connaitre dont les matari i (les pleiades), ana muri (aldebaran), te matau o maui (la queue du scorpion) et ana mua (antares). aujourd hui encore les marins contemporains sont admiratifs et perplexes devant les savoir-faire deployes, car les distances parcourues et la frequence des voyages impliquaient un tres haut niveau de maitrise de ces signes naturels. une ciel de requins, de legendes et de presages comme dans d autres civilisations, le ciel etait marque culturellement. chaque astre etait connu et associe a un exploit legendaire, un symbole polynesien mythologique ou encore un dieu du pantheon. les constellations, ces groupes d etoiles proches dans le ciel, ont longtemps ete associees a des representations figuratives particulieres. hamecon, pirogue, oiseau, cerf-volant ou encore requin remplacaient autrefois les representations occidentales telles que la grande ourse, le taureau etc ces regroupements d etoiles formaient ainsi des objets, profondement inscrits dans la culture polynesienne, qui temoignent du grand interet des anciens polynesiens pour les lumieres stellaires. celles-ci ne cesserent de jouer un role cle dans leurs vies, y compris lorsqu ils mirent fin a leur longue phase de navigation pour s installer progressivement sur les iles qu ils decouvraient. polytheistes, ils developperent un complexe systeme religieux dans lequel les etoiles tenaient une place importante. selon les ecrits de william ellis : « les etoiles qu ils appellent fetia ou fetu etaient considerees par certains comme les enfants de la lune et du soleil, et par d autres comme la progeniture d une etoile de premiere grandeur. ils supposaient qu elles etaient generalement habitees par les esprits des disparus ou qu elles etaient les esprits d etres humains, plusieurs grandes etoiles ayant recu le nom d hommes celebres. le phenomene appele etoile filante etait suppose etre le vol d un esprit ou l annonce de la naissance d un grand prince. » parfois, des presages bons ou mauvais pouvaient egalement etre deduits des observations du ciel nocturne, comme le rapporte teuira henry dans son ouvrage tahiti aux temps anciens : « lorsque venus et jupiter apparaissaient ensemble plusieurs fois de suite au coucher de soleil on en concluait que deux chefs conspiraient l un contre l autre. lorsque les cornes du croissant de lune etaient tournees vers le haut cela signifiait que deux tribus hostiles s appretaient a envahir le pays. » la construction et l orientation des edifices religieux dependaient aussi du positionnement des astres. un fait confirme par l observation des vestiges archeologiques des marae, ces temples decouverts composes de pierres de basalte et de corail. leurs constructeurs se referaient aux etoiles antares et aldebaran. on peut citer pour exemple les marae rahurahu a tahiti, manunu a huahine ou encore ahu o mahine a moorea dont les orientations astronomiques ont ete meticuleusement etudiees par l ethno-astronome louis cruchet. il semblerait que cette orientation des autels, rigoureusement perpendiculaire a l axe d antares et aldebaran permettait egalement d observer de merveilleux levers et couchers de constellations, lies notamment a la periode d abondance alimentaire. la societe polynesienne traditionnelle vivait au rythme de rituels annuels, bases sur les recoltes, les cycles des saisons (les equinoxes, les solstices) et la lune. l arrivee crepusculaire des pleiades ou matari i dans le ciel polynesien, groupement d etoiles de la constellation du taureau, aux alentours du 20 novembre marquait ainsi le debut d une periode d abondance agricole de six mois. des le 20 mai, la descente de la constellation matari i s amorcait a l horizon. une periode plus difficile s annoncait alors. tout au long de l annee, pour honorer la bienveillance des matari i leur ayant accorde de bonnes recoltes (tau auhune), s attrister de leur disparition de l horizon et les pleurer, les habitants organisaient des spectacles de chants, danses et autres sports traditionnels. tres presentes ces manifestations religieuses et culturelles s inscrivaient avec force dans la vie de la communaute. parmi les objets stellaires, la lune, marama, (en reo tahiti) tenait naturellement une place de premiere importance. de la recolte des aliments de base des habitants, fruits et tubercules, en passant par la peche, de nombreuses pratiques alimentaires etaient liees a cet astre. les polynesiens etablirent notamment un calendrier de peche nocturne base sur l observation des cycles lunaires. les scientifiques du 20eme siecle ont d ailleurs constate son extreme precision qui le rend encore applicable de nos jours. chacune des 30 nuits lunaires etait vraisemblablement placee sous la protection d un dieu ancestral dont la bienveillance influait directement sur l abondance des lagons en poissons. le calendrier lunaire recommandait avec precision les techniques de peche adaptees pour chaque soir. ainsi, pour le 1er jour du cycle lunaire place sous la protection du dieu tireo, il etait notamment conseille de se servir d un «filet, ouverture tournee vers la plage » ; tandis qu a la 6eme lune (protection du dieu hamiama muri) les pecheurs devaient utiliser des torches sur leurs pirogues. pour la 10eme lune (dieu huna) le calendrier preconisait de ne pas pecher, tout simplement un calendrier lunaire d une extreme precision 30 revue de bord n°64 / air tahiti / on-board magazine n°64